Blog du 9 octobre 2011. Chapeau ?!
Chapeau ?! Tout est dans la nuance. Cette semaine a été riche en émotions. Colère, fierté, émerveillements. Colère d'abord que nous n'ayons pu, depuis 2008, assainir un système bancaire qui se fiche de nous. La plongée de Dexia qui, risque d'être dramatique pour les épargnants et les petits actionnaires si l'Etat ne vient pas à la rescousse, cette plongée a un air de déjà-vu. On se dit « Ca y est, c'est reparti : l'effet domino, la plongée des autres banques, la main à la poche de l'Etat et puis à la moindre embellie, la reprise la reprise des bonus des traders, le cynisme des grands dirigeants, les promesses frauduleuses d'enrichissement à court terme ! » Je lis sur Internet « Les dirigeants de Dexia: Ce n'est pas le métier de l'Etat de diriger une banque ! » Mais quel culot ?! Mais j'espère bien, moi qu'on réussira à la faire cette nationalisation. J'aurais davantage confiance que le métier de la banque soit bien fait, honnêtement fait- et au moins je saurais à qui m'en prendre en cas de problème. Une vraie banque, qui prend soin de l'argent des épargnants en bon père de famille, qui aide les PME, qui investit dans la relance économique sans jouer dans la spéculation financière ? Je rêve ?? C'est impossible ? Pas si sûr. Attendons ce qui va sortir du chapeau, mais on n'est pas des pigeons.
Fierté parce qu'après avoir battu un record de durée de négociation, on va peut-être en avoir un gouvernement ! La fumée est blanche. J'imagine qu'après avoir vécu ensemble pendant plus d'un an, les négociateurs n'ont pas tellement envie de se quitter et que beaucoup d'entre eux se retrouveront à la table gouvernementale. Finalement, on avait peut-être déjà un gouvernement sans le savoir ? Mais le travail accompli est gigantesque et tout est dans la mise en œuvre. Alors, qui mieux qu'eux en connaissent les écueils ? Je propose qu'on ne touche pas à ce travail d'équilibriste et qu'on garde les artistes. Chapeau !
Emerveillements. Deux coups de foudre en une semaine ! Le premier, dans le cadre du programme européen Prospéro au Théâtre de la Place, jeudi soir (5 octobre). On y jouait « Contes africains d'après Shakespeare », sur base des écrits de Coetzee et mis en scène par le réalisateur polonais Warlikowski. Je n'y allais pas sans un brin d'anxiété : j'amenais des collègues du Parlement européen, la pièce était interminable (4h !) et j'avais quitté la cour des Papes à Avignon quand on y jouait Appolonia, du même réalisateur, tellement c'était long. Et bien j'ai été scotchée, bouleversée par le texte (sublime), par le jeu des acteurs (sublime), par la mise en scène, épurée, minimale. C'était impressionnant. Et je me disais, c'est vrai, l'Europe, je la critique sans cesse, trop à droite, trop hésitante, trop discordante mais elle n'est pas que cela. Le projet européen que peuvent concrétiser certains programmes culturels, ou certains programmes scientifiques, cette idée de rapprochement, de diversité, d'enrichissement mutuel, c'est tout de même ce qu'on a fait de mieux depuis la guerre ! Et nous sommes rentrés à Bruxelles à 2 heures du matin, mes collègues et moi, dans un minibus, en mangeant les sandwiches que nous avait offerts Rangoni, épuisés mais ravis. Je ne vous dit pas la forme éclatante que je tenais à ma première réunion à 8 heures du matin ! Mais les émotions comme ça sont rares. Quand samedi soir, c'est à dire hier, j'ai été au Parc voir le dernier Labaki, je ne m'attendais pas à un chef d'œuvre. J'avais adoré Caramel et certains m'avaient dit- C'est un peu moins bien que Caramel, mais c'est bon quand même. Mais j'avais regretté lundi soir de ne pas pouvoir rencontrer Nadine Labaki au Sauvenière où elle présentait son film en avant-première « Et maintenant, on va où ? ». Lundi en fait, je siégeais au Conseil communal à 500 m et j'avais même envisagé de m'éclipser durant une demi- heure, ni vu ni connu, mais mon sens du devoir l'a emporté et je n'ai pas bougé de mon siège. Donc, je voulais combler cette frustration et samedi soir, en revenant de Bruxelles où j'avais fait de la formation des observateurs nationaux aux élections tunisiennes, je me suis précipitée au cinéma le Parc. Et là, j'ai été transportée. Ce n'est pas seulement parce que je suis une inconditionnelle du Liban. Nadine Labaki révèle dans ce film une touche tragique, celle de son pays déchiré par des guerres fratricides et des conflits religieux, dont je ne la croyais pas capable. Mais elle apprivoise la violence et nous la rend supportable grâce à un délire burlesque irrésistible. J'ai tout le temps pensé à Kusturika. A cause de la guerre, de l'ancrage populaire, des danses, de la musique obsédante (le compositeur est l'époux de Labaki). Mais il y a en plus, chez Nadine Labaki sa tendresse immense pour les femmes : son univers est féminin. Et les femmes libanaises, qu'elles soient chrétiennes ou musulmanes, dans ce petit village, ne veulent pas la guerre et sont prêtes à tout pour y échapper. Y compris, s'il le faut, à tirer sur leur propre fils, pour l'empêcher de prendre les armes et de se faire tuer. Y compris à prendre la religion de l'autre pour brouiller les repères de la haine. Y compris à faire venir des entraineuses pour endormir la vigilance des hommes pendant qu'elles cachent les armes. On pleure un peu dans le film mais on rit beaucoup. L'image finale du cercueil de Nassim, qu'on ne sait où déposer, dans le cimetière chrétien ou le musulman, rejoint dans mon iconographie personnelle l'âne de Kusturika qui refuse de laisser passer le train. Du grand art. Du grand amour de l'humanité. Que cela fait du bien de passer de Dexia à Labaki ! Chapeau ! Il ne me reste plus ce soir qu'à attendre les résultats des primaires du PS en France…Ce n'est ni du Warlikowki, ni du Labaki, mais c'est encourageant tout de même.


