Election en Birmanie: la Belgique et l'Union européenne ne peuvent reconnaître les élections !
La Birmanie scelle son destin. C'est ce dimanche que les Birmans votaient. Certains birmans seulement et pour certains partis autorisés. Mais les dés étaient pipés depuis le début. C'est une mascarade sans nom qu'il eut fallu dénoncer depuis longtemps.
En 2008, alors que la Birmanie est ravagée par un cyclone, la junte faisait approuver un référendum qui allait approuver les réformes constitutionnelles et la tenue des élections d'hier. 8 jours après la catastrophe humanitaire, plus de 150 000 morts, 2,5 millions de déplacés, la junte militaire se targuait d'un taux de participation supérieur à 98 %.
Cette constitution consacre totalement le pouvoir militaire en place : elle attribue 25% des sièges du Parlement aux militaires ; impose un Chef d'Etat qui a servi dans l'armée, octroie au pouvoir militaire une possibilité de veto sur toutes les décisions du Parlement et donne au chef de l'armée un statut le plaçant au-dessus de toutes les lois.
Les dés sont pipés aussi dans les lois électorales et la commission électorale qui contrôlait la bonne tenue du scrutin ce dimanche. 
Les lois électorales élaborées par la junte stipulaient que, quiconque purge une peine de prison, ne peut appartenir à une formation politique. Même chose pour une personne mariée à un étranger. Ce qui excluait donc toute participation du Prix Nobel de la Paix et grande gagnante des élections de 1990, Aung San Suu Kyi. Ces lois excluaient aussi des élections les religieux. Mesure des rétorsions à l'égard des moines et des nonnes bouddhistes qui étaient à l'initiative de la « révolte safran» de 2007 qui avait été réprimée dans le sang.
Enfin, la commission électorale, chargée de contrôler la validité des élections est également totalement partiale et sous la coupe de la junte.
Ce contexte suffisait à rendre illégitime toute tenue d'élection sans avoir mis en place au préalable un dialogue tripartite (junte, NLD et représentant des ethnies) qui aurait pu rétablir la stabilité et un début de démocratie.
Mais, alors que nous venons d'apprendre que les combats font à nouveau rage à l'Est, avec près de 10 000 personnes réfugiées en Thaïlande, il est plus qu'urgent que l'Union européenne et la Belgique condamnent fermement cette situation.

Pour moi qui suit allée par deux fois à l'Est de la Birmanie, à la frontière avec la Thaïlande précisément là où se déroulent les combats aujourd'hui fermer les yeux sur cette situtation est intolérable!! Une crise humanitaire sans précédent se déroule à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie touchant l'ethnie Karen principalement. Des camps de personnes déplacées ou de réfugiés sont totalement dépendants de l'aide internationale qui diminue de jour en jour. De nouvelles familles arrivent sans discontinuer, demandant une aide médicale et alimentaire toujours plus importante.
Les enfants-soldats, le viol systématique, le travail sont monnaie courante dans cette jungle oubliée. Parfois, la population est utilisée comme bouclier humain par les militaires pour démasquer les mines anti-personnel qu'ils ont eux-mêmes placées.
Dès lors, aujourd'hui, au lendemain de ce scrutin, il est temps que l'Union européenne passe d'un positionnement attentiste à une démarche réellement volontariste en condamnant les élections.
ECOLO demande donc que la Belgique dénonce cette farce électorale et ne reconnaisse pas les élus sortis des urnes de ces élections.
J'interpellerai mardi le ministre des affaires étrangères pour soutenir officiellement la demande du rapporteur spécial pour la Birmanie à l'ONU, Thomás Quintana de mise en place d'une commission d'enquête pour crime de guerre et crime contre l'humanité.[1]
ECOLO demande également un renforcement des sanctions diplomatiques, des sanctions économiques et financières à l'instar de ce que firent les Etats-Unis en 2003 en bannissant l'utilisation du dollar par la junte (qui utilise aujourd'hui l'Euro pour ses transactions internationales).
Il serait également indécent que l'Union européenne ne revoit pas son aide à la frontière à la hausse afin de pallier au mieux à cette crise humanitaire qui se déroule entre la Thaïlande et la Birmanie.
Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur le fait qu'une des pires dictatures de ce siècle est en voie de s'installer confortablement en étouffant un peu plus ce qu'il restait d'opposition. Nous devons réagir, au nom de la démocratie et du respect des droits de l'homme que nous défendons tous !
[1] Voir « the report of the Special Rapporteur on the situation of human rights in Myanmar, Tomás Ojea Quintana », 15 septembre 2010.

