Le sérieux et les Toshiba's Boys

Par JACKY MORAEL le 02/09/2010

FricFraude.jpgSans doute allèchés par un éventuel et providentiel retour du MR et du VLD aux affaires, certains, dont Gérard Deprez ont osé affirmer qu'avec eux la négociation serait beaucoup plus sérieuse et aurait plus de chances d'aboutir, et ce au plus grand bénéfice des francophones.

Si ces déclarations sont compréhensibles d'un point de vue tacticien, elles sont néanmoins mensongères et ne résistent pas à la réalité des faits.

Si Monsieur Deprez , alors président du PSC, avait sérieusement négocié en 89 la loi de financement face aux Toshiba'boys de Dehaene (1) qui l'ont complètement roulé dans la farine, nous n'aurions pas du la renégocier deux fois (en 91 et en 99) et être des plus vigilants aujourd'hui pour que sa révision annoncée ne se fasse pas à nouveau au détriment des francophones.

En 89, Monsieur Deprez avait mâlement affirmé devant la presse : "J'ai fait une carton pour les enseignants". Je lui avait alors répliqué : "Vous avez surtout fait un carton SUR les enseignants". Les années d'austérité et de restrictions dont l'enseignement de la communauté française a été victime l'ont malheureusement prouvé à suffisance.

Il faut sans doute aussi rappeler à Monsieur Deprez que son parti a participé à des gouvernements qui ont laissé déraper le budget fédéral depuis 2003 et surtout 2007, notamment par une non-maîtrise des dépenses et par des cadeaux inconsidérés aux entreprises (intérêts notionnels) ainsi que par une irresponsable indolence dans la lutte contre la fraude fiscale depuis des années.

Certes, pour être objectif, les milliards de fonds publics injectés pour sauver de la faillite les banques qui s'étaient brûlés les doigts au jeu du casino boursier ont alourdi la facture du déficit, mais cela n'explique pas l'ampleur du dérapage, loin s'en faut.

De lourdes conséquences pour tout le pays

Résultat, la Belgique se trouve aujourd'hui face à un gap budgétaire de 25 milliards à l'horizon 2015. Un gap qui va inexorablement peser lourdement sur la trajectoire budgétaire de l'Etat fédéral et des entités fédérées pendant de nombreuses années.

Certains, à droite, y voient l'opportunité de mettre à nouveau en application leurs vieilles recettes éculées : atteintes aux salaires et aux allocations sociales, nouvelles compressions dans les budgets des services publics, réforme néo-libérale du système de pensions, tout en préservant les niches fiscales si chères à leur électorat (voitures de société, plus-values boursières, etc).

Des pyromanes candidats pompiers, est-ce un seul instant crédible ? Un examen au SELOR s'impose à tout le moins.

(1) Pour préparer la rude négociation de la loi de financement des régions et communautés (d'une complexité terrible), Jean-Luc Dehaene avait chargé une équipe de mettre au point un logiciel de simulation des différents critères en discussion (recettes IPP et TVA, population, nombre d'élèves, etc). Lors de la négociation à Val Duchesse, cette équipe se trouvait avec ses PC portables au premier étage de la salle de négociation et fournissait en direct à Dehaene les projections dans le temps des critères en discussion. Les francophones n'y ont vu que du feu. La loi adoptée était acceptable durant les premières années, puis très vite amenait à un appauvrissement implacable de la communauté française. Avant les élections de 99, au vu de ce précédent catastrophique, j'avais chargé un certain ... Jean-Marc Nollet (déjà !) de fournir à Ecolo un tel outil. Qui a été, croyez-moi, des plus utiles lors de la négociation du gouvernement Arc-en-ciel durant l'été 99 et lors des deux renégociations de cette fameuse loi de financement. Chacun ses méthodes... Ainsi que sa conception du sérieux.

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