Mourir pour la démocratie !
J'ai reçu récemment, au siège du PS, l'ancien vice-Président de la Ligue tunisienne des Droits de l'homme, Mustapha Ben Jaafar, qui est par ailleurs membre de l'Internationale Socialiste et qui a derrière lui une longue carrière d'opposant à l'ex-président Ben Ali.
On mesure mieux, à écouter de tels témoignages, la relativité des conflits intra-belges et la chance que nous avons de pouvoir nous appuyer sur des institutions démocratiques pour les résoudre. En Tunisie, comme en Egypte, en Libye, au Yemen, au Bahrein ou en Iran, les partisans de la démocratie sont obligés de verser leur sang pour conquérir des droits fondamentaux. Ils avancent sous les balles et bon nombre consentent au sacrifice pour peu que celui-ci ouvre une ère de progrès pour leurs enfants. Quelle belle leçon de courage et d'engagement !
En tant que socialistes, mais aussi comme Européens, nous devons tirer toutes les conséquences de ces événements. Reconnaître les erreurs du passé, redéfinir complètement nos relations avec le monde arabe et surtout tendre une main fraternelle à ceux qui refusent toutes les formes d'oppression. Nous sommes aujourd'hui devant des incertitudes politiques, auxquelles les citoyens des pays concernés doivent répondre comme ils l'entendent, en dessinant eux-mêmes de nouveaux visages de la démocratie sur la carte du monde. Dans leurs efforts pour tourner la page des régimes tyranniques, ils ne doivent pas se sentir abandonnés, mais au contraire soutenus et encouragés.
Au sein de l'Internationale Socialiste, il est également grand temps de tirer les leçons et de renforcer les exigences morales et éthiques. J'ai été l'initiateur il y a quelques années de la charte éthique de l'IS, dont le but est d'écarter tout représentant d'un pouvoir non démocratique. Il faut que cette charte soit scrupuleusement respectée. Pour moi, le socialisme est forcément démocratique et ceux qui s'en réclament pour commettre des atteintes aux libertés n'ont pas leur place en notre sein. C'était d'ailleurs l'un des nombreux points d'accord avec mon visiteur de ce début de semaine.
Aujourd'hui, un vent de liberté souffle sur l'Afrique du Nord, le Proche- Orient et peut-être la Perse. Est-ce le même vent qui, voici une vingtaine d'année, renversa le Mur de Berlin et qui, en 1789, transforma radicalement l'Europe ? L'avenir le dira, mais une chose est sûre, c'est que nous ne pouvons assister à cette métamorphose sans y contribuer par tous les moyens dont nous disposons, en parfaite intelligence avec les démocrates du Sud qui prouvent chaque jour qu'un autre monde est possible.

