Une réunion syndicale filmée par le "stylo-caméra" d'un agent de sécurité ! Que penser de cet évènement que beaucoup tentent déjà de minimiser ?
Réponse : selon que vous serez dans le camp des nantis ou du côté de ceux qui risquent de perdre leur travail, la société de la course à l'argent vous a déjà classé en victimes et en coupables, en bons et en mauvais. Dans nos sociétés capitalistes, on prête d'abord et surtout aux riches. Certes, la façade démocratique est conservée, on vote, on fait mine de débattre des grandes options économiques dans des médias de plus en plus soumis aux impératifs du marché; on se divertit de football en reality shows, d'événements en événements. Mais, pendant ce temps, les agences de notation, les groupes de pression, les financiers font la loi. Jusque sur le terrain auprès des plus désarmés.
La question n'est pas ici de savoir si la direction d'Arcelor Mittal a commandité un vigile pour espionner les syndicalistes. L'action en justice de la FGTB nous en dira plus. En revanche, ce fait - pas si divers que cela - rappelle que notre société soupçonne avant tout le faible (l'immigré, le sans-papier, l'ouvrier, l'étranger …), qu'elle se méfie de ceux qui les soutiennent (les syndicats, les associations, les militants de gauche …) pendant qu'elle valorise le modèle du compétiteur, de celui qui gagne et qui se rachète une conscience avec une éthique d'entreprise et un projet social qui ne vaut souvent que dans des îlots isolés, fortement médiatisés. La charité pour les SDF en hiver, indispensable certes mais si ponctuelle, fait davantage d'audience que les raisons de leurs dérives, leur histoire de vie et le peu d'issues qu'ils ont eu pour en sortir. C'est pour cela que les sociétés de gardiennage privées "sécurisent" les supermarchés et les magasins de luxe. C'est dans cette logique qu'un sombre individu va imaginer contribuer à la défense d'une société de progrès en filmant une réunion de dangereux gauchistes. Qu'on le lui ait demandé ou qu'il s'en soit convaincu seul ne change rien.
A l'heure où il devient de bon ton de convoquer les juges pour condamner les grèves, la juste indignation des syndicalistes risque d'être décrédibilisée, considérée comme exagérée, au pire suspecte. Alors que ce fait divers est d'abord le bulletin de santé d'une société malade.

