ARLEM - La promotion des énergies renouvelables: facteur de codéveloppement économique et social dans l'espace méditerranéen - Bari - 29 et 30 janvier 2012
L'assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (ARLEM) est une assemblée consultative d'élus locaux et régionaux issus de l'UE et de ses partenaires méditerranéens. Elle a pour vocation d'accroître la participation des acteurs locaux et régionaux à l'Union pour la Méditerranée (UpM) et de lui donner une dimension territoriale.
Les 29 et 30 janvier dernier j'ai eu l'honneur de participer à l'ARLEM qui se tenait à Bari et dont le principal sujet était: "La promotion des énergies renouvelables: facteur de codéveloppement économique et social dans l'espace méditerranéen". Vous trouverez, ci-après, le discours que j'ai prononcé à cette occasion ainsi que le rapport publié à ce sujet.
Mesdames, Messieurs,
Lors de notre assemblée plénière à Agadir, vous m'avez fait l'honneur de me désigner rapporteur du rapport sur "La promotion des énergies renouvelables : facteur de codéveloppement économique et social dans l'espace méditerranéen". Ce document dont nous avons débattu à Sudev le 6 juillet dernier et qui vous est aujourd'hui présenté tend à la fois à présenter les avancées importantes qui ont d'ores et déjà été accomplies dans le domaine de la coopération euro-méditerranéenne en matière d'énergies vertes et durables mais aussi à souligner les défis considérables qu'il reste à relever au vu des enjeux énergétiques et environnementaux qui se présentent à nous.
En effet, l'énergie est un des domaines dans lequel la coopération euro-méditerranéenne semble bien avancée.
Nous saluons la signature du mémorandum d'accord entre l'Union pour la Méditerranée et Medgrig qui a eu lieu ce 27 janvier, ce qui apporte un nouvel élan au Plan solaire méditerranéen. Ce partenariat renforce la synergie entre les autorités politiques et les acteurs privés engagés dans la réalisation de ce plan ambitieux visant à la fois le développement de l'ensemble des énergies renouvelables et l'efficacité économique de ces solutions énergétiques alternatives.
Nous plaidons pour une extension de cette initiative à l'ARLEM afin de permettre aux autorités locales et régionales de participer pleinement à la définition d'un cadre politique et réglementaire favorable à la mise en oeuvre de la stratégie engagée.
Par ailleurs, je note avec satisfaction les dernières déclarations du Commissaire Günther Oettinger concernant sa volonté de mettre en place un partenariat stratégique en matière d'énergie verte entre les pays de la méditerranée. L'appui de l'Union européenne à l'ensemble des initiatives déjà engagées et à venir en la matière ne peut être que très vivement encouragé.
L'interdépendance entre les deux rives de la Méditerranée est forte en matière d'approvisionnements énergétiques. L'Union européenne dépend des pays producteurs du Sud méditerranéen pour 36% de ses importations en gaz naturel et pour 20% de ses importations en pétrole. De l'autre côté, les exportations des producteurs du Sud de la Méditerranée sont dirigées vers l'Europe à près de 90% pour le gaz naturel et 50% pour les exportations de pétrole. Les infrastructures pétrolières, gazières et électriques traversant la Méditerranée se multiplient et se renforcent.
Les pays du sud et de l'est de la Méditerranée (PSEM) sont par ailleurs dans une phase cruciale de développement à la fois politique et économique, social et énergétique. Ils connaissent un taux de croissance de la demande en énergie élevé, de l'ordre de 6 à 7%, voire 8% pour certains d'entre eux. Or, les capacités d'extraction ne sont pas aussi élastiques et selon les projections, à l'horizon 2030, la région méditerranéenne devrait importer plus de 40% de ses besoins en pétrole et 30% de ses besoins en gaz.
Dans ces conditions, une stratégie basée exclusivement sur les énergies fossiles n'est pas soutenable alors que les énergies renouvelables représentent un potentiel considérable. Cependant, jusqu'à présent les réalisations restent modestes.
Pourtant, la région est dotée d'importantes ressources d'énergies renouvelables, notamment en solaire et éolien. Celle-ci dispose aussi d'un potentiel important de biomasse et probablement de ressources géothermiques notamment en Algérie et au Maroc. En dépit des ressources élevées et de la volonté affichée de la plupart des pays de les exploiter, la part des énergies renouvelables continue à être faible, voire marginale dans les bilans énergétiques des PSEM, même si cette proportion a plus que doublé durant les trois dernières décennies.
En effet, la capacité de production installée en énergies renouvelables a fortement progressé ces trente dernières années. Cette tendance tient principalement à l'augmentation de la production électrique éolienne mais n'est pas suffisante au regard des potentialités et surtout la situation est paradoxale: les pays du Nord de la Méditerranée sont les plus gros producteurs d'énergie renouvelable dans la région, alors que le potentiel se trouve plutôt dans le Sud.
Dans ce contexte fait de contrastes, la coopération euro-méditerranéenne a son rôle à jouer. La lutte contre le changement climatique offre à toutes les parties de la région méditerranéenne de grandes possibilités de développement économique, ainsi que la potentielle création de nombreux nouveaux emplois. Dans ce contexte, nous avons posé la question : comment l'ARLEM et sa Commission du développement durable (SUDEV) peuvent-elles contribuer à développer une stratégie d'énergie renouvelable pour la Méditerranée?
Nous en avons la conviction et c'est pourquoi nous formulons dans ce rapport, rédigé avec votre soutien, une série de recommandations destinées à favoriser le développement des capacités de production, de transfert et de distribution des énergies renouvelables dans la région méditerranéenne, d'en faire une priorité pour l'Union pour la Méditerranée et d'y associer pleinement les collectivités territoriales. Le fait d'accorder des responsabilités aux échelons régionaux ou locaux garantira un niveau de décentralisation et la disponibilité de ressources humaines et financières propres, qui permettront aux collectivités territoriales de jouer leur rôle qui consiste à soutenir les acteurs nationaux et internationaux qui participent au processus, dans un esprit de gouvernance à plusieurs niveaux.
Concernant le texte du rapport lui-même, je voudrais souligner les principaux messages qu'il contient, à savoir que:
1. le bien être des individus et le développement économique et social passera inéluctablement par une maîtrise de l'offre et de la demande énergétique à l'aide, entre autres, de deux leviers majeurs : l'efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables.
2. Une responsabilité commune lie l'ensemble des acteurs, dont les autorités locales et régionales, ce qui implique la mise en place d'une coopération efficace en matière de définition des priorités, d'élaboration des stratégies, de mise en place de mécanismes de financement, de budgétisation, d'échange de bonnes pratiques, de formation, de renforcement des capacités, de développement et de transfert de technologie.
3. Le Pacte des maires constitue un modèle possible de l'action collective sur les énergies renouvelables dans la région Euro-Méditerranéenne. Les villes et les régions deviennent peu à peu les animateurs et les promoteurs essentiels de nouvelles politiques énergétiques. Il est donc indispensable dans ce cadre que ces dernières puissent bénéficier des moyens et appuis nécessaires à leurs nouvelles missions. Le Pacte des Maires peut se révéler être un outil majeur de cette évolution.
4. De nombreuses initiatives en matière de développement de capacités de production d'énergie verte telles que DESERTEC sont actuellement mises à l'étude ou déjà en phase de réalisation. La bonne coordination entre ces différentes initiatives se révèle cruciale. Le rapport demande à l'Union européenne et l'Union pour la Méditerranée de bien coordonner leurs programmes de financement, d'assistance technique, règlementaire et administrative en faveur des pays du Sud et en appui de ces différentes initiatives.
5. Le développement de capacités de production et de distribution d'énergie renouvelable nécessite une très forte volonté politique (ex: Algérie: 60milliards d'€) ainsi qu'un très important soutien financier afin d'assurer, à terme, la compétitivité de ces ressources écologiques et durables sur le marché de l'énergie. Cette volonté doit se traduire par une régulation efficace du marché intérieur, la mise en place de programmes attractifs et fiables de financement et de subsidiarité, des initiatives en matière de production et de distribution afin d'assurer des tarifs compétitifs, ainsi que l'adoption de politiques fiscales adaptées.
6. Une combinaison de fonds publics et privés constituerait un stimulus efficace pour l'activité économique nouvelle dans le secteur des énergies renouvelables. Ce modèle de financement présente un fort potentiel en matière de développement d'infrastructures de production d'énergies renouvelables, en particulier dans le domaine des énergies solaires, éoliennes et hydroélectriques.
7. La mise en place de plateformes de consultations ad hoc regroupant à la fois les Etats, les autorités régionales et territoriales, des instituts universitaires, des organismes de recherche et les entreprises privées permettrait de développer conjointement une gamme de projets susceptibles de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique et de développement des énergies renouvelables.
8. Le rapport envisage la mise en place d'une série de canaux de financement pour le développement des capacités de production, de transfert et de distribution des énergies vertes dans la Région Euro-Méditerranéenne tels que les fonds de l'instrument européen de voisinage (IEVP), les budgets de la Facilité euro-méditerranéenne d'investissement et de partenariat (FEMIP), la coopération de la Banque européenne d'investissement (BEI), les moyens de la Facilité d'investissement voisinage (FIV), la création d'une banque euro-méditerranéenne d'investissement, en partenariat notamment avec la Banque européenne d'investissement et des institutions financières européennes et nationales des Etats membres de l'UpM.
9. L'accent doit être mis sur le développement de l'éducation, de la formation et des connaissances en technologie des énergies renouvelables sur les deux rives de la Méditerranée. De nouveaux programmes de formations doivent être mis en place sans tarder afin de produire une nouvelle génération de spécialistes, d'entrepreneurs et de décideurs politiques de haut niveau de compétences nécessaires à la transition vers un système énergétique durable et renouvelable.
10. Enfin, il est absolument nécessaire d'assurer l'adhésion des citoyens aux enjeux que représente la lutte contre le réchauffement climatique et de les associer aux programmes de promotion des énergies renouvelables. La réussite de ces programmes suppose à la fois une prise de conscience citoyenne et une large information, qui entraîneront pour une mobilisation la plus forte de l'opinion publique.
Je tiens à remercier la Commission européenne pour leur collaboration et en particulier les DG ENER, ENVE et CLIMA ainsi que tous nos collègues qui ont contribué à la consolidation de notre rapport.
Et enfin, je remercie mon expert, Mademoiselle Debrouwer, pour la qualité et l'intensité du travail fourni.
Je reste à votre écoute pour vos réactions à ce rapport et vous remercie de votre attention.

