Intervention de Marie Arena, sénatrice, lors de l'assemblée plénière du 14 juillet 2011
Sénat de Belgique : Proposition de résolution relative à la reconnaissance de l'État palestinien en septembre 2011
Intervention de Marie Arena, sénatrice, lors de l'assemblée plénière du 14 juillet 2011
Suite à l'arrêt des négociations avec Israël il y a bientôt un an, l'Autorité palestinienne devrait porter, en septembre 2011, devant l'ONU, la revendication de reconnaissance internationale de son Etat sur les frontières de 1967.
Après avoir examiné la situation, la Commission des relations extérieures du Sénat a estimé qu'il était essentiel que la Belgique joue un rôle positif dans la construction de la paix au moyen-Orient en donnant un signal clair à ce sujet.
La présente résolution invite dès lors le gouvernement à :
1. procéder, effectivement et dès que possible, à la reconnaissance de l'État palestinien en concertation avec les partenaires européens, et ce dans les frontières de 1967 et conformément à la résolution 43/177 de l'Assemblée générale des Nations unies;
2. plaider auprès de l'État d'Israël afin que ce dernier reconnaisse l'État palestinien dans les frontières de 1967 et ce, conformément à la résolution 43/177 de l'Assemblée générale des Nations unies;
3. plaider auprès de l'État d'Israël pour qu'il mette fin aux implantations dans les territoires occupés;
4. plaider auprès de l'Autorité palestinienne afin que ses composantes reconnaissent l'État israélien conformément aux lettres de reconnaissance mutuelle de 1993 où Yasser Arafat a reconnu « le droit de l'État d'Israël à vivre en paix et dans la sécurité »;
5. plaider auprès des parties concernées pour que, outre la reconnaissance de l'État palestinien, les questions en suspens comme le statut de Jérusalem et le retour des réfugiés, soient résolues dans un second temps par la négociation et à plaider pour la création d'un État palestinien que doit se faire sur la base des frontières de 1967, moyennant des corrections fondées sur des échanges de territoires mutuels afin d'établir des frontières sécurisées et reconnues par les deux États;
6. plaider auprès de l'Union européenne afin que cette dernière mette sur pied, dans le cadre de sa politique euro-méditerranéenne de voisinage, un espace de dialogue constructif concernant la paix au Moyen-Orient.
Qu'est-ce qui plaide en la faveur de cette reconnaissance ? Notamment :
1. Depuis quelques mois, l'Autorité palestinienne plaide sa cause auprès des chancelleries du monde entier. Et cette campagne a déjà porté ses fruits puisque plusieurs Etats dont une dizaine de pays d'Amérique latine ont reconnu la Palestine ces derniers mois, ce qui porte à 119, le nombre de pays qui la considèrent aujourd'hui comme un Etat à part entière. D'autres pays, comme la France notamment ont laissé entendre qu'ils réfléchissaient à cette éventualité.
2. Autre élément encourageant : les Palestiniens ont obtenu de bons résultats pour leur Plan de Réformes et de Développement Palestinien (PRDP) financé par la Conférence des donateurs de 2007. Ce plan établi sur trois ans (2008-2010) a pour but de doter le futur Etat d'institutions fonctionnelles et d'une économie viable. Ces résultats ont d'ailleurs été salués récemment par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et l'Organisation pour la coopération économique en Europe (OCDE). Ces derniers ont estimé l'Autorité palestinienne apte à exercer les taches d'un État. Bref, certains observateurs vont jusqu'à dire que l'Etat palestinien existe virtuellement, reste à officialiser cet état de fait.
3. Par ailleurs, les récentes décisions de la France, de l'Espagne, de l'Irlande, du Portugal et du Royaume-Uni de rehausser le statut de la représentation diplomatique Palestinienne et de l'élever au rang de mission diplomatique.
Le réveil citoyen du monde arabe de l'année 2011 n'est pas étranger à ce regard positif porté sur le projet de reconnaissance de l'Etat palestinien. Car ce réveil démocratique suscite de nombreux espoirs, dans tous les domaines, au sein des populations de la région comme dans le monde et ce, même si dans certains pays arabes, ces soulèvements sont synonymes de violences féroces ou d'interventions militaires internationales. Dès lors, mon groupe estime que ces révolutions, qui ont complètement remodelé l'ordre géopolitique international, pourraient bien créer de nouvelles opportunités pour un règlement du conflit moyen-oriental.
Par ailleurs, rappelons aussi que l'Union européenne, partenaire euro-méditerranéen tant des autorités palestiniennes qu'israéliennes, a, à plusieurs reprises, fait savoir qu'elle était disposée, en temps voulu, à reconnaître un État palestinien. C'est pourquoi, comme je viens de le dire, notre résolution plaide pour une concertation au niveau européen, mais cette concertation ne peut empêcher la Belgique de formuler un point de vue.
Par ailleurs, nous plaidons, bien entendu, pour que le Quartet relance, en parallèle, le processus de paix car la reconnaissance de l'Etat palestinien n'est qu'une étape.
J'insiste ici sur le fait que le groupe PS est des premiers à avoir plaidé pour le fait qu'il y ait "deux peuples, deux Etats" qui ont le droit de vivre en sécurité et en paix. Et cette reconnaissance doit servir, mon groupe en est persuadé, à faire avancer la paix que nous espérons tous.
Car je le répète, cette reconnaissance est un acte essentiel que posera la Belgique pour la construction de la paix et d'un partenariat avec Israël et les pays arabes.
A ce sujet, j'aimerais laisser le mot de la fin aux signataires de l'appel lancé, en mai 2011, en Israël, par un collectif d'éminentes personnalités israéliennes du Mossad, du Shin Beth, de l'armée et du monde des affaires ainsi que de nombreux lauréats du Prix Israël : "Nous, citoyennes et citoyens d'Israël, appelons (…) toute personne éprise de paix et de liberté et toutes les nations à saluer la déclaration d'indépendance palestinienne, à aider et à agir pour encourager les citoyens des deux Etats à maintenir entre eux la paix sur base des frontières de 1967 et des accords passés. La fin de l'occupation est une condition fondamentale pour la libération des deux peuples, le respect de la déclaration d'indépendance d'Israël et l'indépendance de l'Etat d'Israël lui-même".
Je vous remercie.

