Liège aurait pu vivre une journée comme une autre…

Door VéRONIQUE DE KEYSER op 21/12/2011

"Liège aurait pu vivre une journée comme une autre": c'est le magnifique texte signé Claude Emonts - Conseiller communal, Président du CPAS - en hommage aux victimes de la tuerie à Liège. Des mots d'une grande humanité.

Cela aurait pu être un jour comme un autre. Mais la mort était passée par là, brutale et aveugle…

Et nous étions sur cette place, des centaines peut-être, des milliers sans doute… Il y avait un ciel de traîne, qui pleurait quelques gouttes. Une grisaille et un vent froid qui nous traversaient la tristesse. Nous étions des centaines et sans doute des milliers : la Belgique en petit : flamands, wallons, germanophones ; petits et grands ; croyants et non croyants ; rouges, bleus, verts et oranges, blancs, bruns et noirs mélangés et serrés les uns contre les autres, alignés, incrédules, et pourtant certains que rien ne pouvait faire marche arrière.

Petit à petit la place se remplissait de ces inconnus immobiles, de ces élus à la démarche raide : ils étaient tous là ; les ministres de ce gouvernement qui avait mis plus de 500 jours à se constituer, le gouverneur de la Province, les députés et le bourgmestre, puis aussi nous ; à regarder les autres avec notre fleur à la main, pendant que les autres nous regardaient sans fleur. Enfin, le prince Philippe de Belgique et la princesse Mathilde, belle et émue, se dirigeant vers eux… Eux, les familles ; celles des morts et celles des blessés, les amis, les proches qui faisaient face aux fleurs, derrière cet abribus éventré où les balles avaient fini leur course, si les présents avaient eu de la chance…

Il aura fallu 64 ans pour que je vive un moment aussi exceptionnel dans le sens propre de terme… Une heure de silence profond, assourdissant, sans une toux audible que j'aie pu entendre ; une heure, seulement interrompue par un rayon de soleil presque anachronique dans cet hiver soudain…

Une heure à voir se mettre en rang les policier, les pompiers, les secouristes, les chauffeurs de bus, les infirmiers : tous ces héros du quotidien qui s'étaient précipités pour faire ce que d'autres, peut-être n'auraient pas fait. Pour faire simplement leur travail ont-ils répondu. Les commerçants de la place aussi, qui avaient offert leur magasin aux badauds effrayés et aux blessés dans un grand geste de solidarité si rare dans une société qui l'est si peu.

Une heure pour se mettre en place, une heure pour respirer l'air vicié de nos souvenirs. Une heure pour sentir les larmes couler au fond de notre cœur.

Puis le clairon. Strident, terrible, long, fort, triste. Fort triste le long de nos frissons.

Une heure au moins d'un silence terrible, où seul le bruit des ailes des pigeons, étonnés de tant d'étrangeté, venait déchirer le réel…

Une heure, une seule, dans la vie d'une ville. Puis, dans le brouillard de nos sentiments, la foule qui se met à applaudir au passage des responsables qui baissent la tête.

Une heure dans la vie des enfants, qui n'oublieront sans doute jamais, une heure où la barbarie s'est effacée devant le respect, la dignité…
Une heure où mon souvenir me remit en mémoire la banderole des supporters du R.C. Genk dimanche passé, ces supporters de football qui sont pourtant réputés pour leurs excès : « Les larmes n'ont pas de couleur ».

Claude Emonts
Liège, le 20 décembre 2012.

Hubiera podido ser un día como los otros. Pero la muerte había pasado por allí, brutal y ciel.

Y estabamos en esa plaza, cientos tal vez, miles por cierto… Había un cielo atrasado, que lloraba algunas gotas. Un tóno gris y un viento frío que nos atrevesía la tristeza. Estabamos cientos y por cierto miles. Bélgica en pequeño: flamencos, valónes, belgas de lengua alemana, pequeños y grandes, creyentes y no creyentes, rojos, azules, verdes y naranjos, blancos, morenos y negros, apretados uno contra el otro, alineados, incrédulos, y por lo tanto seguros que nada podía volver por atras…

De a poco se llenaba la plaza con estos desconocidos inmóbiles, de estos elegidos de paso rígido : estaban todos allí ; ministros de este gobierno que se formó despues de más de 500 días, del intendente,de los diputados y del alcalde ; y también con nosotros ; mirando los otros con nuestro flor en la mano, cuando otros sin flor nos miraban a nosotros. Y en fin, el principe Felipe de Bélgica y la princesa Matilda, bella y emocionada, dirigiendose hacía ellos… Ellos los familiares, de los muertos y de los heridos, los amigos, los parientes que enfrentaban las flores detras de esa parada de autobuses destripada, donde las balas habían terminado su carrera, si los presentes habían tenido suerte…

Necesité 64 años para vivir un momento tan excepcional en el sentido primero de la palabra… Una hora de silencio profundo, ensordecedor, sin una toz oíble que hubiera podido escuchar ; una hora, solamente interumpida por un rayo de sol casi anacrónico en este invierno repentino…

Una hora para ver a los policias ponerse en filas,a los bomberos, a los soccoristas,a los choferes de buses, a los infermeros : a todos estos héroes de lo cotidiano que se habían precipitado para hacer lo que otros tal vez no hubieran hecho. Para hacer simplemente nuestro trabajo, habían contestado. A los comerciantes de la plaza también, que habían abierto su tienda a los mirones asustados y a los heridos en un gran movimiento de solidaridad tan escaso en una sociedad que lo es tan poco…

Una hora para llegar a su lugar, una hora para respirar el aíre viciado por nuestros recuerdos. Una hora para sentir las lágrimas correr en el fondo de nuestro corazón.

Despues la corneta. Estridente, terrible, largo, fuerte ; triste. Muy triste a lo largo de nuestros estremecimientos.

Una hora por lo menos en un silencio terrible, donde solamente el ruído de las alas de las palomas sueltas venían romper lo real…

Un hora, una sola, en la vida de una cuidad. Y, en la neblina de nuestros sentimientos, la multitud que de golpe aplaúde a los édiles que inclinan la cabeza.

Una hora en la vida de los niños, que probablemente nunca olvidaran, una hora donde la barbarie se borró frente al respeto, a la dignidad…

Una hora donde mi recuerdo me acordó la banderola de los hinchas del R.C. Genk este último domingo, estos hinchas de fútbo sin embargo conocidos por sus excesos, y que decía : « Las lágrimas no tienen color ».

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