Martin (Schulz) préside le Parlement européen
Olivier le Bussy
Mis en ligne le 17/01/2012
Le social-démocrate allemand succède à Jerzy Buzek au perchoir. Son bouillant tempérament ne doit pas occulter qu'il est un redoutable animal politique.
Portrait
Le social-démocrate allemand Martin Schulz a été élu ce mardi à la présidence du parlement européen, et cela jusqu'en 2014.
Outre la couleur politique, l'Allemand se distingue de son prédécesseur par une personnalité différemment affirmée. "C'est certain que Martin Schulz est différent de Jerzy Buzek sur le style et sur la forme", reconnaît l'eurodéputé libéral-démocrate britannique Andrew Duff, spécialiste des questions institutionnelles. Autant l'ancien Premier ministre polonais a poli son image de "sage" durant les deux ans et demi qu'ont duré son mandat, autant Martin Schulz est connu pour son caractère, disons, entier. "Martin Schulz, c'est une combinaison assez extraordinaire : il peut être provocateur, dictatorial, exploser de colère, et en même temps, c'est quelqu'un d'une grande chaleur humaine", commente la Belge Véronique De Keyser, vice-présidente du groupe S&D au Parlement européen.
Ce bouillant tempérament ne doit pas occulter le fait que Martin Schulz est un redoutable animal politique, "qui garde le contrôle absolu sur les objectifs qu'il poursuit", poursuit l'eurodéputée belge. Car s'il arrive au libraire de formation, né à Hehlrath, le 20 décembre 1955, de monter aussi vite que le lait sur le feu, il sait aussi se montrer calculateur.
Martin Schulz disait ainsi pis que pendre du bilan de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Mais à l'heure de la réélection du Portugais, il a mis une sourdine à ses critiques. Faute d'accord interne (et d'alternative) de son groupe sur la question, certes, mais aussi pour ne pas griller l'accord politique avec le Parti populaire européen qui lui offrait sur un plateau la présidence du Parlement pour la seconde partie de la législature 2009-2014. "En politique, il faut parfois voir un ou deux coups plus loin", glisse, compréhensive la Belge Isabelle Durant (Verts), vice-présidente du Parlement.
A son engagement pour l'intégration européenne, Martin Schulz reste en revanche indéniablement fidèle, souligne Andrew Duff. L'Allemand - qui fut de 1987 à 1998 maire de Würselen, dans l'arrondissement d'Aix-la-Chapelle, à un jet de pierre de la frontière belge - fréquente en effet les travées du Parlement européen depuis 1994. Dix ans plus tard, le membre du bureau SPD allemand a pris les rênes du groupe socialiste, devenu social-démocrate depuis.
En 17 ans de présence au Parlement, ce polyglotte (il manie avec aisance le français et l'anglais) s'est fait connaître du grand public par les polémiques qu'il a provoquées. La passe d'armes qui l'a opposé, en 2003, à l'alors président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, dont le pays occupait la présidence tournante de l'Union, est restée célèbre. "Monsieur Schulz, je sais qu'en Italie il y a un producteur qui en train de monter un film sur les camps de concentration nazi : je vous proposerai pour le rôle de kapo. Vous êtes parfait", avait persiflé le Cavaliere, en réponse aux critiques que lui adressait l'Allemand, créant un incident diplomatique entre Rome et Berlin.
"M. Schulz a la tête de Lénine et parle comme Hitler", avait pour sa part déclaré en 2009 le vieux leader français d'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, après que le président du groupe S&D avait contribué à l'empêcher de siéger comme président du Parlement européen, pour la première séance plénière de la législature, rôle qui échoit d'habitude au doyen de l'hémicycle.
Et personne n'a oublié le sonore " Ta gueule, Martin !" que lui adressa son homologue Vert, Daniel Cohn-Bendit, agacé que le social-démocrate commente son intervention.
Martin Schulz sait encaisser les coups, mais aussi les distribuer. Comme lorsqu'il avait comparé les eurodéputés socialistes français à des pigeons : "Quand ils sont en haut, ils vous ch . sur la gueule, et quand ils sont en bas ils vous bouffent dans la main." Pour la diplomatie, on repassera.
Président du Parlement européen, le social-démocrate ne pourra cependant plus attaquer bille en tête les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union - qui, en grande majorité, appartiennent à des formations de droite, comme la chancelière allemande Angela Merkel dont il est un farouche opposant - à la table desquels il sera désormais invité, en ouverture de chaque sommet européen. "Il portera la voix de l'ensemble de l'institution. Il ne pourra pas se permettre de prendre des positions qui n'ont pas le consentement du Parlement européen", prévient Andrew Duff.
Institution dont le nouveau président défendra les prérogatives bec et ongles, prévient Véronique De Keyser : "Il juge qu'en vertu du pouvoir que lui confère le traité de Lisbonne, le Parlement n'a pas encore la place qu'il devrait avoir - notamment pour tout ce qui touche à la gouvernance économique. C'est son cheval de bataille". Isabelle Durant complète : "C'est quelqu'un d'assez offensif. C'est important dans une période où le Parlement européen doit montrer qu'il existe."
Sans doute la présidence du Parlement européen n'est-elle pas la dernière étape politique de Martin Schulz, auquel d'aucun prête l'ambition de s'installer au dernier étage du Berlaymont, siège de la Commission européenne. "Cela ne m'étonnerait pas qu'il vise autre chose, il pense déjà la suite", glisse Véronique De Keyser. Sans perdre de vue la destinée de "son" groupe social-démocrate, à la tête duquel il souhaiterait installer un de ses proches, l'Autrichien Hannes Swoboda. "Je lui ai demandé s'il montait un scénario à la Poutine-Medvedev, plaisante Véronique De Keyser. 'Une chose me distingue de Poutine ', m'a-t-il répondu. 'Moi, je ne reviendrai jamais dans mon groupe social-démocrate.'"

