Martin Schulz se hisse au perchoir

Door VéRONIQUE DE KEYSER op 19/01/2012


MARTIN,PASCAL
Mardi 17 janvier 2012

Union européenne Parlement : le social-démocrate allemand succède à Buzek

Portrait

Regard luciférien, tempérament impulsif, ambitieux : l'Allemand Martin Schulz accède ce mardi à la présidence du Parlement européen. Sa désignation est acquise, mais avec quel appui ?

Martin Schulz n'est pas un inconnu pour le grand public. En 2003, le social-démocrate avait été la cible d'une attaque mémorable de l'Italien Silvio Berlusconi qui l'avait traité de « kapo ». L'affaire avec fait grand bruit. A l'époque, Martin Schulz était président du Parti socialiste européen, devenu depuis l'Alliance progressiste des socialistes & démocrates. Aujourd'hui, il quitte ce poste pour remplacer Jerzy Buzek au perchoir du Parlement, un strapontin que le Polonais occupait depuis deux ans et demi. Conservateurs (PPE) et sociaux-démocrates (S&D), les deux principaux groupes politiques de l'assemblée s'accordent traditionnellement à se partager la présidence de l'institution. « Une mascarade », juge - comme beaucoup d'autres - le candidat Front de gauche à l'Elysée et eurodéputé Jean-Luc Mélenchon.

Même programmé, ce passage de témoin n'est pas anodin. Le Traité de Lisbonne a musclé le rôle du Parlement, mais à l'exception de quelques moments de bravoure, l'institution peine à s'imposer face à la Commission et surtout face au Conseil. La crise économique et financière aidant, les Etats membres dictent l'agenda de l'UE, le couple Merkel-Sarkozy donnant de la cravache. Autant dire que la frustration règne chez les eurodéputés. « Le Parlement européen doit pousser la méthode communautaire face à l'intergouvernementalisme », insiste Isabelle Durant (Verts).

Question : Martin Schulz est-il l'homme qui réussira à mener à bien cette émancipation ? Les avis sont partagés. La socialiste belge Véronique De Keyser s'attend à « une vraie présidence du Parlement européen ». « C'est un Européen convaincu, mais son arrivée à la tête de l'institution ne changera pas grand-chose », estime au contraire un membre du PPE. Le libéral Louis Michel le met au défi dans le dossier hongrois : « Sa responsabilité sera de mettre à l'index la dérive autocratique du gouvernement Orban. C'est la grandeur de l'idée européenne et la cohésion de l'UE qui en dépendent. »

De l'avis général, l'ancien bourgmestre de Würselen, près d'Aix-la-Chapelle, est un vrai Européen. Mais cette qualité ne lui vaut pas que des amis chez ceux qui partagent pourtant ses convictions. Direct, soupe au lait, « impulsif mais calculé », autoritaire, « affectif et sans rancune » pour cette proche, il est au contraire « déplaisant, dur avec les petits et complaisants avec les grands » pour cet adversaire qui le qualifie de « retors ». Dans quelle mesure amitiés et inimitiés pèseront-elles sur le vote ? Si Schulz est certain de décrocher la présidence, l'importance de l'appui qu'il recevra ce mardi de ses pairs définira sa réelle marge de manœuvre jusqu'en 2014 et la fin de la législature.

Comme d'autres avant lui, Martin Schulz est le produit de la présence au long cours qu'assurent les Allemands au sein de l'institution européenne. Contrairement aux Français qui ne jurent le plus souvent que par l'Assemblée nationale, ils y font carrière à part entière. Martin Schulz siège ainsi depuis 1994. « Il veut devenir président du Parlement depuis longtemps. Il a mis ses pions en place pour cela », analyse un socialiste qui ne croit pas qu'il cherchera pour autant à favoriser les intérêts de son pays. Au contraire, juge Mathieu Grosch, l'eurodéputé PPE de La Calamine, « avoir une antenne privilégiée vers l'Allemagne peut être une bonne chose pour le Parlement » - même si les sociaux-démocrates sont dans l'opposition à Berlin.

Pour arriver à ses fins, Schulz a choisi souvent d'arrondir les angles, une disposition que d'aucuns décèlent en ce moment dans son peu d'enthousiasme à combattre le Hongrois Viktor Orban, qui appartient au… PPE, groupe politique avec lequel se négocie la présidence.

Un adversaire pense enfin qu'il ferait un « bon commissaire européen », puisqu'on prête à Schulz l'ambition de vouloir s'installer au collège de la Commission, voire à sa présidence. Seules deux autres candidatures sont présentées au vote aujourd'hui : Diane Wallis (Verts, mais en indépendante) et le conservateur britannique Nirj Deva. Sans aucune chance de l'emporter.

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