Pourquoi la NVa n'est-t-elle pas si indispensable
La curiosité des élections fédérales belges consiste à imposer à l'opinion une grille de lecture des résultats, fondés sur les sous-résultats communautaires. Précisément on désigne donc les vainqueurs et les perdants dans chaque groupe linguistique, ensuite on en tire les conclusions pour réunir les invités aux négociations.
Cela peut paraître logique, dans la mesure ou, autre particularité oblige, il y a parité linguistique au gouvernement fédéral. D'ailleurs du côté on flamand on se complait à relever que par ce jeu là, le cdH pourrait compter autant de ministres que la NVa, alors que le cdH compte trois fois moins de voix que la Nva au regard des résultats nationaux.
L'électeur belge vient de participer à des élections fédérales nationales, la tradition veut que ce soit la plus grande famille politique qui mène la danse et fournisse le premier ministre. En l'occurrence, la famille socialiste belge détient 39 sièges et représente 22,94% de l'électorat belge. Juste derrière, la famille libérale compte 31 sièges et affiche un score de 17,92% des votes. Ensuite la fameuse NVA, à elle seule monte sur la troisième marche du podium en arrachant 27 sièges et 17,40% des voix, exclusivement flamandes. Les socio-chrétiens talonnent la NVA avec 26 sièges et 16,37% de votes. Lanterne rouge, les écolos avec 13 députés et 9,18% au compteur de voix.
Dès lors, en appliquant une lecture strictement fédérale aux résultats, la NVA, troisième parti mène la danse et semble fixer le seuil sous lequel il n'y aurait pas d'accord de coalition. Pratiquement, on pourrait légitimement ce passer de la NVA, les trois grandes familles traditionnelles, socialiste, libérale et sociale-chrétienne représentent une large majorité de 96 sièges à la chambre. Certes, pas assez pour atteindre les deux tiers indispensables à une réforme de l'Etat, mais majorité quand même.
Les électeurs flamands, sur un plan national, ont plébiscité deux minorités politiques isolées, d'abord la NVA et son programme indépendantiste, mais ils ont aussi maintenu 12 sièges en faveur des extrémistes du Vlaams Belang. Si l'électeur flamand accorde pas loin de la moitié des sièges de sa représentation parlementaire à des partis minoritaires sur le plan fédéral (NVA, VB et LDD), en ce sens qu'ils n'ont d'équivalent dans l'autre communauté, il ne faut pas s'étonner par la suite, d'un blocage politique autour de la formation d'un gouvernement fédéral.
La NVA n'est pas un parti incontournable, loin s'en faut. D'autres formes de coalitions sont possibles, même s'il est vrai qu'au vu des rapports de force au Nord, il faudra ratisser large et unir 3 ou 4 familles politiques pour mener la tête du pays. Il faudrait aussi, que les libéraux prennent leurs responsabilités, tant au nord qu'au sud.
C'est facile à écrire, malheureusement, la logique et les intérêts des partis ne sont pas toujours ceux de l'intérêt supérieur de l'ensemble des citoyens. On nous parle de chaos en cas d'échec, de crise comme le pays n'en a plus connue depuis des lustres. Mais politiquement, il n'y a aucune raison objective de continuer à se mettre la tête dans le sable. Aux partis traditionnels de savoir ce qu'ils veulent, ce qu'ils sont prêts à faire et surtout de démontrer qu'ils sont aptes à maintenir l'Etat Belge à flot. Au moins les choses seraient claires et nous éviterions de perdre un temps précieux et usant.
Imaginer un seul instant que Di Rupo pourra amadouer Bart le Tisseur, que Milquet pourra réfréner sa vision institutionnelle du pays, que le CdV ne finira pas par ruer dans les brancards en devant collaborer avec son désormais principal adversaire politique (la NVA) en flandre. C'est de l'hérésie politique qu'on est occupé à nous vendre à coup de préformation, de concilier l'inconciliable ou de travaux titanesques.
Il est temps, pour les partis francophones, d'enfin aider leurs homologues flamands à justifier devant leur opinion d'un accord équilibré. Il est temps de reconnaître que le CD&V a eut le courage de se séparer de la NVA après l'échec de l'orange bleue. Même si c'est Y. Leterme qui a porté De Wever là ou il est arrivé aujourd'hui. Il est peut-être temps de comprendre que les partis francophones et cette politique du pourrissement institutionnel aura considérablement affaiblit les partis traditionnels flamands face à la montée en puissance du nationalisme. C'est peut-être cela le plan B, faire comprendre à la NVA qu'elle ne dictera pas l'agenda fédéral, qu'il y a en face d'autres interlocuteurs fiables, démocrates et près à se joindre à l'effort.
Car, quitte à trouver de grands accords institutionnels, ne serait-il pas plus opportun qu'ils se concluent entre les 3 familles traditionnelles, au besoin soutenues par les Ecolos, plutôt que de risquer de faire de Bart De Wever un demi-dieu politique chez les autonomistes flamands ?

